Dossier électronique du patient: lancement de Santé 4.0

in Healthcare, 10.04.2017

Beaucoup d’hôpitaux suisses réalisent un rendement insuffisant. Leur marge EBITA est actuellement inférieure à 10%. Et à partir du mois d’avril, ils feront face à un nouveau défi: l’introduction du dossier électronique du patient. Celui-ci pourrait toutefois servir de catalyseur pour le système de suisse.

Les concepts tels que «E-Health», «Smart Healthcare» et «Mobile Health» montrent que le secteur de la santé connaît actuellement des mutations qui vont bien au-delà de la numérisation des processus et des documents. Jusqu’à présent, l’élaboration d’une stratégie de numérisation à l’hôpital relevait de la compétence du responsable IT. Aujourd’hui, elle est l’affaire de la Direction et du CEO. Il y a encore quelques années, les processus au sein des hôpitaux étaient peu standardisés et les dossiers des patients – même au sein du même établissement – devaient être complétés et adaptés à la main en raison des interruptions de systèmes d’un service à l’autre. A cet égard, une numérisation étendue est intervenue dans le cadre du modèle actuel de processus d’affaires 2.0. Aujourd’hui, tous les membres du personnel soignant accèdent en un clic au même dossier. Il en résulte une rentabilité accrue et une meilleure qualité de traitement, car les doublons et les malentendus sont évités.

Le dossier électronique du patient – l’avènement du monde numérique?

La «culture du fax» continue toutefois de régner en dehors de l’hôpital. Le médecin procède au transfert du patient, avec ses antécédents médicaux, par fax et reçoit également le rapport de sortie par fax. Les coûts de la santé qui en résultent dépassent CHF 100 millions[1]. C’est précisément là que le dossier électronique du patient (DEP) entre en scène. Celui-ci doit éviter les interruptions de systèmes et garantir la continuité des processus depuis le médecin traitant jusqu’à l’hôpital et inversement. Il convient toutefois de noter que seuls les hôpitaux, contrairement aux médecins traitants, sont tenus de mettre en place un DEP. La culture du fax va donc perdurer jusqu’à un certain point.

L’évolution des habitudes de consommation, notamment dans le domaine médical, contraindra cependant tôt ou tard les médecins à travailler également avec le DEP. A l’avenir, le DEP sous sa forme actuelle modifiera fondamentalement le système de santé dans son ensemble, en particulier la relation entre le médecin, l’hôpital et le patient. Grâce aux systèmes informatiques cognitifs, nous gagnerons en rapidité et surtout nous pourrons établir avec plus de précision notre propre diagnostic clinique. Des études montrent ainsi que les ordinateurs peuvent par exemple reconnaître un cancer de la peau tout aussi bien que les médecins.

Personnalisation

Pour savoir à quoi l’avenir pourrait ressembler, il faut se tourner par exemple vers les détaillants. Aujourd’hui, ceux-ci communiquent directement avec leurs clients. Ils enregistrent et analysent les habitudes de consommation ainsi que les préférences exprimées en ligne, ce qui leur permet de proposer des services et des produits personnalisés. L’externalisation d’une partie de la fourniture des prestations auprès des clients constitue une autre caractéristique du commerce de détail. Aujourd’hui, le consommateur peut scanner lui-même sa marchandise, ce qui permet au personnel de caisse de se consacrer à d’autres tâches et activités quotidiennes.

Redistribution des rôles entre l’hôpital, le médecin traitant et le patient

Le rôle du médecin traitant vis-à-vis du patient va profondément changer: le patient conservant l’entière souveraineté sur ses données, il peut donc y accéder dans le DEP et établir lui-même son diagnostic. A l’avenir, les hôpitaux pourront davantage communiquer directement avec les patients et les gagner comme clients. Grâce à une app spécifique, le patient s’affecte lui-même directement au spécialiste voulu à l’hôpital et convient d’une consultation médicale. Il reçoit ensuite directement sur son portable l’ordonnance pour le médicament requis et trouve le médicament livré par la pharmacie le soir en rentrant chez lui. Il reçoit également via l’app un rappel pour la prochaine consultation médicale et un avertissement selon lequel il doit bientôt passer la prochaine commande de médicaments. Un «wearable», par exemple une montre intelligente au poignet, permet de surveiller en permanence l’efficacité du médicament et de contacter le médecin si des effets secondaires indésirables apparaissent.

Entre nouvelles possibilités technologiques et sécurité des données

A l’avenir, la numérisation touchera non seulement les données relatives aux habitudes de consommation, mais également, et de plus en plus, celles concernant notre état de santé. Le volume d’affaires potentiel en résultant avec les apps, les «wearables», les médicaments personnalisés et les produits alimentaires préparés individuellement est énorme. Mais l’euphorie ambiante ne doit pas occulter l’aspect de la sécurité des données. A cet égard, les directives actuelles en matière de protection des données ne suffisent pas à éviter l’utilisation abusive des données. Le monde politique et la société doivent s’exprimer quant aux opportunités et aux risques de «Santé 4.0», entre les nouvelles possibilités technologiques et la sécurité des données. Ce discours doit tenir compte de l’évolution des habitudes de patients et des modes de vie, encourager le développement économique tout en protégeant la souveraineté et la sécurité des données des patients.

[1] Study Swisscom 2014

 

L’essentiel en bref: le dossier électronique du patient

Avec l’adoption de sa stratégie «E-Health», la Confédération a décidé en 2007 d’introduire un dossier électronique du patient dans toute la Suisse. Une dizaine d’années plus tard, c’est chose faite. La base légale, la LDEP (Loi fédérale sur le dossier électronique du patient), doit entrer en vigueur en avril 2017.

Qui est concerné? La mise en œuvre est obligatoire pour tous les fournisseurs de prestations stationnaires comme les hôpitaux, les cliniques de réadaptation et les maisons de naissance. Les hôpitaux n’ont que trois ans pour se conformer aux exigences. Pour d’autres prestataires, le délai de transition court jusqu’en 2022. Si l’introduction d’un DEP est obligatoire pour les hôpitaux, elle ne l’est pas pour les médecins libéraux.

Quel est l’objectif visé? Il s’agit de renforcer la qualité des traitements médicaux, d’améliorer les processus de traitement, d’accroître la sécurité des patients, d’assurer l’efficacité du système de santé et de favoriser la compétence des patients en matière de santé. De plus, le dossier électronique du patient fournit les informations pertinentes pour le traitement – au bon moment et au bon endroit.

En consentant un financement de départ, la Confédération participe à la mise en place et à la certification à hauteur de 30 millions de francs environ.

Recommandations d’action: Les fournisseurs de prestations doivent examiner au niveau stratégique (Conseil d’administration, Direction) les changements à venir. Cette analyse vise à déterminer comment et dans quelle mesure les hôpitaux s’adapteront à la nouvelle donne.

 

 

Informations complémentaires:

 


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